En fait, le message à la Nation tant attendue par le peuple malgache, à y voir clair, était plutôt destiné aux nations étrangères.
En persistant à utiliser la méthode Coué pour vouloir développer rapidement et durablement la Grande Île, le président Marc Ravalomanana court à sa propre perte. Car de message, en prenant la définition du terme, il n’y en a point eu. En cette nuit du 31 décembre 2008, M. Ravalomanana a repris, à peu près, tout ce qu’il avait déjà dit simultanément à la Televiziona Malagasy (Tvm) et à la Mbs, lors d’une émission spéciale « Ny Tenin’ny Filoham-pirenena » (Les paroles du Président) n°51 du dimanche 28 décembre 2008. A l’écoute de cette énumération trop belle pour être vraie, la majorité des Malgaches fait partie intégrante de l’opposition… au développement. Madagascar est un paradis et tous les journalistes qui nient sa vision devraient être en prison. Sachant que l’histoire est, malheureusement, un éternel recommencement, l’année 2009 sera le théâtre d’une explosion sociale certaine. Pas la peine d’être un devin ni d’écrire au conditionnel. Puisque les paroles s’envolent et que les écrits restent, voici la transcription et la traduction intégrale, de ce « message à la Nation » qui sera versé dans le dossier du tribunal de l’histoire dans pas très longtemps. « Malgaches mes compatriotes, les 366 jours de cette année 2008 ont définitivement été consumés. Nous avons pu les franchir et il faut en remercier Dieu. Peuple malgache, ici et dans le monde, je vous congratule d’avoir pu les dépasser. Je ne vous oublie pas non plus, vous étrangers qui cohabitez avec nous à Madagascar. C’est avec une joie emplie d’espérance que nous allons accueillir l’année 2009 aussi : Bonne année à tous !
Que cette nouvelle année apporte santé, réussite et bienfait pour chacun d’entre nous. Que cette année 2009 soit celle qui fera montre de notre fierté nationale. L’année 2008 a été celle du travail, des travaux. Une année qui a apporté de nombreux changements, le développement dans différents secteurs. Les défis ont été relevés et accomplis, j’en suis content, merci peuple malgache. C’est sans détour que j’affirme que l’année 2008 a été l’année du succès total. Nous avons sensibilisé le peuple durant 51 semaines ; nous avons réuni tous les moyens ; nous avons utilisé tout le savoir, le talent et l’habilité pour réaliser des travaux de développement et rénovation grandioses dans la Nation. Aujourd’hui, nous Malgaches, nous pouvons en être fiers parce que nous maîtrisons parfaitement le développement de Madagascar. Je vous en suis grée. Je remercie ceux qui ont contribué sans relâche. Je suis content ai-je dit parce que, nous Malgaches, aujourd’hui, avons pris nos responsabilité dans la conduite du développement de Madagascar. C’est le monde entier, savez-vous, qui est sidéré par notre possession du Map. Je l’ai constaté tout au long de mes 13 voyages effectués dans divers pays durant 12 mois. Tous ont été émerveillés par la stratégie et les directives inscrites dans le Map qui est simple, clair et qui nous permettra de faire un grand pas positif vers le développement rapide de la nation malgache.
Le premier défi consiste l’affermissement de la bonne gouvernance, la réduction de la pauvreté et le respect permanent des droits de l’homme. Ainsi est établie la loi que chacun doit respecter car personne n’est au-dessus de la loi. L’objectif étant de toujours raffermir la démocratie à Madagascar, de bien réguler le développement et le domaine politique à travers des règles bien définies et le respect mutuel total. Durant l’année 2008, beaucoup de projets ont été concrétisés au sein du ministère de la Justice comme la construction de la Haute cour de Justice à Anosy ; celle d’Antsiranana ; celle d’Ambovombe, etc. Cela pour que la population ait confiance en la justice dans l’accomplissement de sa mission. La paix et la sécurité sont également des facteurs vitaux du développement. Ainsi, la mise en place d’une stratégie de sécurité réaliste a été mise en exergue dans le premier défi pour la protection des personnes et des biens. Cela, suite à la réunion du haut conseil de protection et de sécurité nationale. Il s’agissait-là d’une première dans l’histoire de la Nation. Un effort énorme a été accompli dans le regroupement en un seul département de la gendarmerie nationale, de la police nationale et des Coast Guards. Il y eut aussi la formation des forces de d’ordre. Je tiens à préciser que les gendarmes demeurent soumis à la charte qui régit l’armée. Nous avons confiance en ce que les paysans, qui forment la majorité, pourront augmenter leur production. Plusieurs routes nationales ont été réhabilitées durant l’année 2008 écoulée.
Il n’y a pas longtemps a été inauguré la RN6 reliant Antananarivo à Antsiranana, un trajet que l’on peut parcourir en seulement 16 heures actuellement s’il fallait plus d’une semaine auparavant ; même chose pour la RN2 menant vers Toamasina et la RN7 pour aller à Antsirabe qui a été renforcée et entièrement rénovée ; la route reliant Ambositra à Vohiparara a été goudronnée ; Irondro, Mananjary, Manakara, Farafangana… Dans pas longtemps, la route reliant Miandrivazo à Malaimbandy sera achevée ainsi que les rues de la ville de Morondava. Les 45 ponts entre Soanierana Ivongo, Mananara et Maroantsetra attendent leur inauguration. Et le fameux pont flottant (Ndlr : sourire narquois du président car c’est un point relevé par Didier Ratsiraka vu et entendu sur la télévision Viva qui a été fermée le 13 décembre 2008) menant vers Foulpointe a été remplacé par un pont métallique actuellement. N’oublions pas les routes communales et régionales qui ont été réhabilitées grâce au partenariat étroit avec les collectivités décentralisées et le pouvoir central ainsi que les bailleurs de fonds. C’est dans ce contexte qui a été mis en place le Fdl ou Fonds de développement local. Si l’on résume, ce sont plus de 6700 km que nous avons réalisé dans la réfection de routes. Bientôt ces travaux de réhabilitation vont s’étendre vers le Sud comme la route reliant Antananarivo à Taolagnaro en passant par Ihosy ; celle d’Ambohimahasoa reliant la commune de Sahave que je viens de visiter il n’y a pas longtemps ; Celles d’Antsohihy à Analalava, d’Ambilobe à Vohémar (Ndlr : ce sont des routes du Nord du pays). Leur réfection et réhabilition sont urgentes. Mais il y a d’autres régions dont la réhabilitation de leurs infrastructures routières est urgente également. Durant cette année écoulée, a aussi mise en évidence la réalisation de nombreux projets infrastructurels comme l’aéroport d’Ivato, ceux d’Antsirabe et d’Antsohihy, etc. Grâce au projet Pic, Nosy-Be, Antsirabe et Taolagnaro ont bénéficié de nouvelles infrastructures ; le plus grand port de l’océan Indien a été achevé à Ehoala. Ces villes, actuellement, sont devenues des endroits où il fait bon vivre et qui attirent les touristes. Suite à cela, de nombreux jeunes qui habitent ces régions ont pu avoir du travail. Il faudrait que les autres villes d’autres régions de Madagascar suivent ces exemples.
La construction d’infrastructures hôtellières et d’accueil a augmenté. La réalisation d’infrastructure comme le Centre de Conférence international constitue la preuve de la confiance mutuelle et les liens de travail étroits avec les pays partenaires [financiers] de Madagascar. Durant l’année écoulée, de nombreuses centrales électriques ont été inaugurées : à Mandroseza, à Antsiranana, à Toamasina, à Sahanivohitra Antsirabe. Mais nous devons encore fournir de nombreux efforts si nous parlons de ce volet énergétique. Nous allons accueillir le Sommet de l’Union africaine dans la moitié de cette année 2009. Cela requiert une très bonne préparation et un travail commun étroit pour que ce Sommet soit un succès.
Vingt régions font l’objet de la mise en pratique de la réforme de l’enseignement à Madagascar. C’est à travers une stratégie profondément réfléchie et viable que nous mènerons cette réforme et nos enfants qui ont suivi des études à Abilène, Texas University, sont revenus au pays, cette année 2008. Sur le plan économique, le taux de croissance a été de 7,1% s’il était de 6% en 2007. Les réserves de devises de Madagascar ont augmenté de 20% et tournent autour de 1.000 millions à peu près. Cela a permis à la Banque central de baisser le taux directeur à 10% s’il était de 12% aupravant. Cela a été fait pour permettre aux Pme-Pmi d’avoir un accès plus large au crédit. Dans pas longtemps non plus, la banque malgache pour la reconstruction et de développement de Madagascar ou Bmcd sera mise en place. Il s’agit-là des fruits du partenariat avec les Allemands de la KfW et des banques d’autres pays. Le but que nous recherchons est de facilité le financement ou l’emprunt des Pme-Pmi, ai-je dis. La confiance mutuelle règnera parce que la feuille de route de Madagascar est transparente, surtout à la suite de la table ronde, en juin dernier, et les dialogues organisés en novembre à Iavoloha. Les bailleurs de fonds croient et ont entièrement confiance en nous, qu’ils soient traditionnels ou nouveaux venus qui sont venus étoffer le rang [des bailleurs de fonds]. Pour eux, la route vers le développement rapide et durable sur laquelle se dirige Madagascar est claire comme de l’eau de roche à travers le Map. La visite que le Directeur général de l’Unicef à Madagascar, Mme Ann M. Veneman, en est une preuve et elle a entièrement approuvé la mise en place du ministère de l’Eau pour que nous puissions avoir accès à l’eau potable à Madagascar (Ndlr : actuellement, la Grande île exporte de l’eau potable vers l’Arabie Saoudite).
L’aide financière de l’Union européenne a augmenté de 97% entre 2002 et 2008 et a atteint 528 millions d’euros ; celle de la Banque mondiale a augmenté de 85%, qui est passée de 145 millions de dollars seulement auparavant à 260 millions de dollars par an actuellement. Il a été observé la même augmentation de la part de la Bad et de la Badea. Aussi, je vous remercie, peuple malgache, car nous avons travaillé ensemble, nous avons travaillé dur, nous avons travaillé bien. Je veux mettre un accent sur les fonctionnaires ou agents du peuple et les membres de la société civile. Que la collaboration puisse durer longtemps pour une meilleure mise en place des 3Pa fin que nous puissions montrer à la face du monde que la solidarité existe à Madagascar. J’aurai aimé pouvoir faire un grand pas pour vous remercier mais nous sommes tous en connaissance des difficultés à l’échelle planétaire. Nous, ici à Madagascar, nous nous sommes entendus pour œuvrer ensemble. Malgré tout cela, ayez confiance en moi car je ferai tout mon possible pour motiver et épauler les agents du peuple. Nous allons tout faire pour la construction de logements d’habitation dans les régions, pour les agents du peuple. Nous ferons des efforts pour qu’ils puissent scolariser leurs enfants ; nous nous efforcerons surtout à augmenter leur salaire de 10% à partir du mois de janvier qui vient. J’ai confiance et ayez confiance en moi. Nous poursuivrons la [même] route. Que 2009 soit une année de bienfaits, de réussite et de très bonnes récoltes. Pour conclure, je réitère mes vœux de bonheur pour nous tous. Je vous adresse un Veloma finaritra et que Dieu soit toujours à nos côtés ».
Y-a-t-il encore des commentaires à faire ? En tout cas, ce « message » va envenimer les réalités vraies qui prévalent au pays. La vision du Président Ravalomanana tient la route si l’on se trouve hors du pays et si l’on se contente des rapports basés sur des chiffres qui ne traduisent rien d’autre qu’une vision de l’esprit. Mais, bref… les semaines à venir prouveront, comme le déclarent la majorité des Malgaches, que : « Ravalomanana tombera de lui-même comme un fruit trop mûr, gâté, voire pourri ».
Il est évident qu’au moment de la prochaine présentation des vœux des corps constitués (Institutions nationales et représentations diplomatiques), le même plat réchauffé sera servi à volonté. Autosatisfaction pour les uns, miroir aux alouettes pour les autres.
Penchons-nous un peu sur le bilan dressé récemment par le magazine Jeune Afrique (qui avait été interdit à Madagascar du temps de Didier Ratsiraka : « Élu à la présidence de la République en décembre 2001, Marc Ravalomanana s’était fait un nom dans le business avant de faire de la politique. Depuis le lancement de l’entreprise agroalimentaire Tiko en 1982, puis de Magro (Malagasy Grossiste) en 1998, son empire a pris de l’envergure et s’est largement diversifié. Il détient notamment la société MBS (Madagascar Broadcasting System, radio-télévision) et l’imprimerie Blueprint. Enfin, dans le domaine du BTP, son groupe dispose de deux filiales, Alma (Asa Lalana Malagasy) et CCM (Compagnie de construction malgache). Depuis son accession à la tête du pays, Ravalomanana est accusé par ses adversaires de confusions entre sa fonction publique et ses intérêts privés, ce qui ne l’émeut pas. Les bénéfices de ses sociétés ne sont pas rendus publics, mais certains estiment que le chiffre d’affaires du groupe (qui compte 5 000 salariés) aurait triplé au cours du premier quinquennat de son fondateur ».
Traduction et texte : Jeannot Ramambazafy - Journaliste
(Antananarivo, le 1er janvier 2009)