« Toute l'eau des océans ne suffirait pas à éteindre le feu de l'Amour. Et toute l'eau des fleuves serait incapable de le noyer. Imaginons quelqu'un qui offrirait tous ses biens pour acheter l'amour : il ne manquerait pas de recueillir le mépris »
(Cantiques des Cantiques : 8 : 7)
Mercredi, 31 Décembre 2008 : Rolly Mercia
La sale histoire nauséabonde, au propre comme au figuré, de décharge provisoire d’ordures ménagères d’Anosipatrana a carrément tourné à une farce tragi-comique. En effet, déclarés être entièrement résolus avant-hier, les problèmes afférents ont subitement ressurgi hier pour amener le ministère de l’Environnement, des Forêts et du Tourisme à déclarer à la presse nationale, par le truchement d’un communiqué officiel, que « le gouvernement va prendre en main l’enlèvement des ordures d’Anosipatrana ». Une décision qui ne peut que faire rire sous cape, quelque part. Et un choix politique qui pourrait être fatal à son initiateur dans la mesure où, ayant voulu asséner un coup bas à la Commune urbaine d’Antananarivo, son initiateur s’est propulsé au devant de la scène pour s’exhiber devant le pays avec les accoutrements d’un… clown.
La décharge d'ordures d'Andralanitra
« Le ridicule ne tue pas ! ». Cet adage a fini par trouver un exemple parfait pouvant asseoir son bien-fondé. En effet, le ministère de l’Environnement, des Forêts et du Tourisme (Meft) a arrosé hier toutes les rédactions de la Capitale d’un communiqué officiel dont la teneur ne peut que prêter à sourire : « après les quatre réunions tenues par des techniciens du ministère de l’Environnement, des Forêts et du Tourisme, de celui de la Réforme foncière, des Domaines et de l’Aménagement du territoire ainsi que de la Commune urbaine d’Antananarivo, il a été décidé par les trois entités de carrément enlever les ordures sur la route digue à Anosipatrana. Les travaux afférents, débutant aujourd’hui, vont durer quinze jours et comporteront deux phases : enlèvement des ordures et remblayage. La prise de l’actuelle décision est due à de diverses raisons, pour ne parler que de la situation de santé et de l’odeur, lesquelles ne peuvent jamais être solutionnées avec la technique préalablement adoptée, ainsi que les divers projets, par exemple l’autoroute reliant Iavoloha à Ivato, d’aménagement et d’extension, etc. Normalement, il incombe à la Cua d’entreprendre ces travaux, mais l’exercice 2008 étant clôturé, la Cua ne dispose plus des moyens pour le faire. Ainsi, le gouvernement a-t-il décidé de prendre en main l’enlèvement de cesordures » (traduction textuelle).
Répliques immédiates
En réplique, Nirhy-Lanto Andriamahazo, adjoint au maire de la Capitale, a d’emblée fait savoir hier soir que, « contrairement aux allégations faites par le ministère, il n’y a eu que deux réunions qui ont été tenues par les parties : celle du 29 décembre dernier sur le terrain à Anosipatrana et celle du 30 décembre au bureau du ministère et dirigée par le Secrétaire général ». Et d’un. Et lui d’ajouter : « sur le terrain le 29 décembre, toutes les parties ont été un nimes à constater que la décharge provisoire a déjà été remblayée et compactée. Le président du fokontany a même affirmé, devant tout le monde, qu’il n’y a plus de problèmes. Ce qui a amené toutes les parties à être d’accord sur la tenue de la réunion du 30 décembre pour permettre aux techniciens de la Cua de s’enquérir de la technicité permettant de dégager, dans les normes requises, le gaz nuisible. Or, le Secrétaire général du ministère de l’Environnement, des Forêts et du Tourisme a d’emblée informé les participants à cette réunion du 30 décembre que le gouvernement a décidé de prendre en main les opérations d’enlèvement de ces ordures d’Anosipatrana dans la mesure où la Cua ne dispose plus de moyens financiers ». Et de deux.
Grande première planétaire
Qui dit vrai, qui prêche faux dans cette histoire ? Toujours est-il qu’un fait frappant saute aux yeux des observateurs avertis dans ce micmac indescriptible : un gouvernement qui va donc s’atteler à l’enlèvement d’ordures ! Une grande première planétaire dans les annales de l’Exécutif. En tout cas, Nirhy-Lanto Andriamahazo a été ferme et catégorique hier : « la Cua dispose des moyens financiers et humains nécessaires pour réaliser cette opération à Anosipatrana, contrairement aux affirmations gratuites colportées par le Secrétaire général du ministère ».  Une autre réplique qui amène plus d’un à se poser la question de savoir sur quels critères ce Secrétaire général du Meft s’est-il ainsi basé pour être aussi convaincu, comme tel, du manque de moyens notamment financiers au niveau de la Cua ? Est-ce à dire que ce ministère, en particulier, et le gouvernement, en général, auraient fait partie intégrante de l’équipe de gestionnaires de crédits de la  Cua ? Quoi qu’il en soit, force est d’admettre que, cette fois-ci encore, le gouvernement a voulu dénuder, devant ses propres administrés, la Municipalité d’Antananarivo avec cette salle histoire nauséabonde. Malheureusement pour lui, son coup pourrait lui être fatal, comme un effet de boomerang, eu égard au fait que ses arguments ont été vulgairement tirés par les cheveux et que, par voie de conséquences, sa velléité de porter un coup bas à la Cua ne manquera pas d’être mise à nu devant le pays, voire devant le monde entier.
« Volonté politique exemplaire »
En parallèle, de mauvaises langues n’ont pas pu s’empêcher hier d’ironiser sur cette « volonté politique exemplaire » du gouvernement en suggérant à ce dernier de « l’étendre, dans le temps et dans l’espace, pour lui permettre de s’atteler à l’enlèvement des ordures des 1 557 communes que compte le pays et ce, durant les 365 jours de l’année, sans relâche ». « Une politique de développement et de bien-être social qui pourrait rehausser, un tant soit peu, sa cote plutôt en décadence actuellement », s’est-on moqué. Bref, ne voulant point rater la moindre opportunité pour abattre la Cua et, par ricochet, le maire Andry Rajeolina, le régime en place ne se prive pas le malin plaisir de jouer au… clown.
Recueillis par Rolly Mercia (Directeur de publication du journal La Vérité)