« Toute l'eau des océans ne suffirait pas à éteindre le feu de l'Amour. Et toute l'eau des fleuves serait incapable de le noyer. Imaginons quelqu'un qui offrirait tous ses biens pour acheter l'amour :
il ne manquerait pas de recueillir le mépris » (Cantiques des Cantiques : 8 : 7)
Une fois n’est pas coutume : l’émission « L’Invité du zoma » du vendredi 12 septembre 2008, à 20h30, animée par Onitiana Realy sur TvPlus Madagascar, restera dans les annales de l’information objective à Madagascar. En effet, pour une fois, ce ne fut pas un tête-à-tête. Car, non seulement elle a été diffusée en direct dans toute la Grande île mais, en plus, une série de questions a été posée au Maire Andry Rajoelina, l’invité de cette soirée, devant toute l’équipe dirigeante de la Mairie de la ville d’Antananarivo.
Traduction littérale -et surtout intégrale- pour éviter les interprétations de toutes sortes.
Onitiana realy, rédacteur en chef du journal télévisé de Tv Plus Madagascar
Onitiana Realy :
Je suis heureuse de vous retrouver à ce rendez-vous hebdomadaire. Rendez-vous que nous avons tout attendu car c’est le moment où le Maire de la ville d’Antananarivo va s’exprimer. La population de la Capitale attendait cet instant depuis assez longtemps, à propos de toutes les affaires récentes touchant la vie de la Cite-des-Mille. Comme vous pouvez le constatez à l’écran, l’émission de ce soir est assez différente de toutes les précédentes, avec un auditoire de choix. Car l’intervention du Maire Andry Rajoelina touche la vie de toute la Nation. En effet, lorsque l’on parle des affaires de la ville d’Antananarivo, elles touchent incontournablement celles du pays tout entier. Parce qu’Antananarivo est la Capitale de Madagascar. Bonsoir, M. Andry Rajoelina et merci d’avoir accepté d’être l’invité de cette émission spéciale de « L’Invité du zoma ».
Le Maire Andry Rajoelina
M. Andry Rajoelina :
Bonsoir Onitiana et bonsoir aussi à tous ceux qui suivent l’émission actuellement. Onitiana Realy :
Je précise que ce ne sont pas les seuls téléspectateurs de la Capitale qui suivent l’émission mais également aussi ceux des anciennes provinces. En effet, cette émission y est aussi captée. Monsieur le Maire, la population a attendu depuis un long moment car nombre d’observateurs sont obnubilés par ce qui se passe à Antananarivo. Mardi dernier, vous avez dit que vous alliez faire des déclarations, parce que le moment était venu, pour vous, de sortir de votre silence. Or, si l’on se réfère à ce que l’on a lu dans les quotidiens d’aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre… Ma première question, comme celle de tous les journalistes, est donc : Y-a-t-il a eu une rencontre entre le Président de la République, Marc Ravalomanana, et vous ? M. Andry Rajoelina :
En premier lieu, Onitiana, je pense qu’il est de mon devoir de faire savoir à la population d’Antananarivo la vérité vraie, exempte de rumeurs et aussi s’il y a vraiment eu ou s’il y a eu des problèmes entre les ministères, le gouvernement ou le pouvoir central et la Commune urbaine d’Antananarivo. La vérité est donc que, en regard de tous ces problèmes, il y a eu de nombreux « ray aman-dreny » qui se sont posés en médiateurs, de nombreuses personnalités qui ont apporté leur appui, ne serait-ce que pour prodiguer des conseils, que ce soit au niveau de la foi ou de la religion. La population est donc en droit de connaître les tenants et aboutissants de ces problèmes ayant entraîné des troubles d’ordre psychologique et psychique divers. Ainsi, hier, j’ai effectivement rencontré le Président de la République.
Onitiana Realy :
Hier, jeudi donc. Cela signifie, dès lors, que les problèmes ont été résolus, si l’on se réfère aux rumeurs ? Tous les problèmes à propos du Samva, de la gare routière d’Ampasampito… que nous aborderons plus en profondeur, tout à l’heure ? M. Andry Rajoelina :
Résolus ? Vous savez, comme dans tous les problèmes, et je remercie, ici, tous les « ray amandreny » qui ont fait de la médiation, le rapprochement, le dialogue et l’écoute de tout un chacun est primordial. Dans ce contexte, lorsque le Président de la République m’a invité à le rencontrer, il s’agissait, pour lui, de connaître réellement le fond des problèmes et les solutions adéquates pour les résoudre. Nous avons donc abordé quelques points qui ont trouvé leurs solutions. Onitiana Realy :
Justement, lors de cette rencontre, vous avez échangé des choses, qu’il vous appartient de les rapporter, et on l’espère, ou non ici, mais la population aimerait surtout savoir ce qui s’est passé ou se qui se passe vraiment dans la ville d’Antananarivo ? Et qui a amené le Maire à dire qu’il allait sortir son mutisme car c’en était assez de la dictature ?
L'étoffe d'un dirigeant qui sait ce qu'il veut et qui sait où il va
M. Andry Rajoelina :
Ce que nous demandons repose sur les droits. Je voudrais vous rappeler que si je me suis porté volontiers er volontaire pour être candidat à la Mairie d’Antananarivo, c’est parce que j’ai la volonté et la ferme intention de gérer la cité pour la développer. Or, la structure organisationnelle sous un parti (politique), durant huit ans, est tout à fait aux antipodes de celle qui existe depuis huit mois. Il n’y a eu aucune continuité dans la mesure où, petit à petit, les pouvoirs du Maire ont été amoindris, pour ne pas dire complètement enlevés dans sa gestion de cité. Nous pourrons citer de nombreux cas, comme, par exemple, mon impossibilité de nommer les Chefs Fokontany (quartier), peu de temps après ma prise de fonction. Or, selon la loi, le mandat de ses Chefs Fokontany expire avec celui du Maire sortant. Ce qui fait que, huit mois après mon élection, il n’y a toujours aucune nomination, aucun renouvellement au niveau de ces Chefs Fokontany. Par exemple aussi, ces dettes qui se sont amoncelées au sein de la CUA ; l’amoncellement des ordures de toutes sortes ; la gabégie totale au sein des marchés municipaux. Par exemple encore, le problème vécu par rapport à la Jirama qui a coupé l’eau des bornes fontaines et l’électricité sur les voies publiques et dans de nombreuses ruelles. Mais le dernier problème qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, et qui a sidéré le grand nombre, c’est cette histoire de réclamation de dettes s’élevant à 800 millions d’Ariary. Or, ce que j’ai trouvé de réconfortant, c’est qu’aujourd’hui, la Banque mondiale a elle-même déclaré que ces dettes auraient du déjà être effacées et qu’il ne fallait plus les réclamer à la CUA. Nous avions, d’ailleurs, envoyé une lettre au gouvernement dans une démarche d’effacement de ces dettes afin que nous puissions réaliser les travaux entrant dans le cadre du développement de la ville d’Antananarivo. Pourquoi la Banque mondiale a-t-elle effacé les dettes ? Parce que le pays en est tellement submergé qu’il aurait impossible à l’Etat de travailler sous une pression aussi immense. Il en est de même, au sein de la CUA. D’où notre demande de désendettement totale. Puis, il y eut encore le problème concernant le Samva (Service autonome de maintenance de la ville d’Antananarivo). Fort heureusement, une décision prise lors du conseil de gouvernement d’hier, a remis les pendules à l’heure. C’est-à-dire que, désormais, le Samva revient à nouveau sous l’autorité de la CUA. C’est pour vous rappeler que nous nous sommes défendus jusqu’au bout, sans agir de manière intempestive et illégale mais nous avons tenus à ce que nos droits soient respectés, conformément aux textes en vigueur. En effet, nous avons remarqué un vice de fond dans cette démarche de nous enlever le Samva. Pour être plus explicite, il faut connaître le Samva. Il s’agit d’un service qui gère le ramassage et le stockage des ordures ménagères dans la ville d’Antananarivo. Comment fonctionne-t-il ? A travers les ROM ou redevances sur ordures ménagères auquel tout habitant de la Capitale contribue. La décision de nous enlever ce service relève du fantasmagorique. En effet, il n’y a eu aucune concertation, aucun dialogue, mais le ministre de l’Eau est descendu sur le terrain, à Andralanitra (lieu principal de stockage des ordures de la ville) pour y déclarer que, désormais, c’est le ministère qui va gérer les ordures. En fait, ce n’est pas tellement une histoire d’ordures. Car si c’est le ministre de l’Eau, je ne vois pas le lien. Au fait, pourquoi a-t-on créé ce ministère de l’Eau ? Le pouvoir, à l’issue de la semaine mondiale de l’eau de Stockholm, a jugé qu’il était nécessaire parce que l’adduction et la gestion de l’eau potable était insuffisante à Madagascar. Mais aussi, et surtout parce que l’Etat malagasy a bénéficié d’un financement de 470 millions de dollars pour intensifier l’adduction en eau potable ici, à Antananarivo. C’est un projet excellent, d’autant plus que cela s’inscrit dans notre programme de travail. Et nous souhaitons sincèrement œuvrer étroitement avec le ministre de l’Eau dans ce domaine. Onitiana Realy :
Mais pas en ce qui concerne les ordures ? M. Andry Rajoelina :
Pas en ce qui concerne les ordures. Et c’est là que c’est fantasmagorique sinon fantasque. Il y a tellement à faire en ce qui concerne l’eau, pourquoi prioriser les ordures ? On aurait du appeler cette entité ministère de l’Eau et des Ordures ? Cela aurait mieux correspondu à la démarche ? Onitiana Realy :
Mardi dernier, il y eut donc cette descente à Andralanitra. Parmi les déclarations faites par le Directeur du Samva, il y a une dette de 2 milliards d’ariary que lui doit la CUA qui ne lui aurait pas daigné répondre. En gros, la Commune devrait de l’argent au Samva et qu’elle ne s’en est pas acquitté ? Donc, c’est pour cela que le pouvoir central vous a retiré le Samva, selon les rumeurs ? M. Andry Rajoelina :
A propos de dettes, je voudrais apporter une prévision. La bonne question à poser est : qui n’a pas payer ses dettes ? Plus précisément, il ne s’agit même de dettes mais de ROM ou redevances sur ordures ménagères que chaque foyer doit payer, à travers la facture de la Jirama. Or, durant le mandat de mes prédécesseurs, personne n’a rien payé étant donné que la structure n’était pas respectée au niveau du Samva. Dire alors que la CUA n’a pas payé ses dettes envers le Samva n’a aucun sens. En effet, durant sept mois, c’est elle qui s’est occupée du ramassage des ordures. Or, ce ne devrait pas être son problème mais celui du Samva. Concernant de la mainmise sur ce service, la loi stipule que tout changement doit impérativement passer au-devant d’un organe délibérant comme le Conseil d’administration. Le problème reposait donc dans le non-respect de la loi. La décision a été consommée au travers d’un décret sorti en conseil des ministres. Il y a eu un vice de fond et non un vice de forme. C’est pourquoi nous demandons à ce que le dialogue doit régner dans les relations de travail et de gestion commun entre le gouvernement et la CUA. Personnellement, c’est en regardant la TvPlus que j’ai constaté de visu que, tiens, on nous a aussi enlevé le Samva ? Dès lors, je me suis posé des questions sur l’utilité du Maire ? De l’utilité de ses collaborateurs pour gérer la ville ? Tels ont été les grands et vrais problèmes. Lors de mon entretien avec le Président de la République, j’ai constaté qu’il était parfaitement au courant des problèmes du Samva depuis longtemps, parce qu’il y régnait toujours un désordre au niveau de sa gestion. D’où sa décision de remettre à la CUA, non plus le Smava, mais la gestion des ordures ménagères de la ville d’Antananarivo. En clair, le Samva est dissous. C’est d’ailleurs notre souhait. Car selon l’article 2 de la loi portant sur le Samva : « si ce service ne gérait pas convenablement son travail, la CUA -qui lui a fait une concession- a le pouvoir de le reprendre. Par conséquent, notre requête a reçu une réponse positive dans le contexte de pouvoir avoir notre propre structure afin de mieux gérer la ville, à tous les niveaux et dans le respect de la Constitution.
Le Maire et la journaliste
Onitiana Realy :
Jusque là donc, les problèmes sont résolus. Mais revenons à ce problème de dettes remontant aux années 1980. Certains disent que vous et votre équipe passez votre temps à jouer aux victimes et qu’on vous empêche de travailler. Pour eux, en prenant la Mairie d’Antananarivo, vous héritez de son actif mais aussi de son passif, comme dans une société, par exemple. M. Andry Rajoelina :
Il existe un énorme fossé entre grommeler et dire les réalités telles quelles sont. Communiquer les réalités ne signifie pas se plaindre. Il n’y a rien de commun entre l’interprétation de certains et la réalité des faits. Par exemple, en matière dettes. Nous sommes d’accord d’avoir tout hérité. Mais nous ne sommes pas d’accord lorsque, brusquement, des dettes tombées de nulle part nous tombent dessus. On pourrait comparer la situation actuelle à quelqu’un qui viendrait frapper à ma porte pour me dire : Monsieur le Maire, voici des dettes contractés par votre grand-père ou même encore : votre arrière-grand-père m’a emprunté des sous, vous devez absolument vous en acquitter ! En ce moment, nous prions vraiment pour qu’il n’existe plus de dettes que celles remontant en 1980. Parce que, pour nous, nous entrons dans le domaine des surprises. C’est pour cela que je dis que communiquer la réalité des faits ne signifie en aucun cas se plaindre. Et il est de notre devoir d’informer la population, qui nous a élu, de ce qui se passe réellement. Onitiana Realy :
Parlons un peu du problème de la gare routière d’Ampasampito. A-t-il aussi été résolu ? M. Andry Rajoelina :
Oui, il a été résolu. J’avais comparé la structure organisationnelle précédente et celle que nous avons mise en place. Le parti Tim a dirigé la ville d’Antananarivo durant huit ans. Et nous demandons et demanderons toujours qu’il n’y ait plus deux poids deux mesures mais que nous puissions bénéficier des mêmes et exactes conditions de traitement de la part du pouvoir central, sans rien grignoter, ni enlever, ni ajouter. Nous rappelons que nous sommes des élus. Mon équipe et moi sommes prêts à relever le défi de réaliser et achever tous les points du programme que nous avons établi et promis à la population d’Antananarivo, lors de la campagne électorale. Et nous n’aurons aucune hésitation pour cela. Rappelez-vous aussi que le mandat d’un élu -parce que personne ne pourra être maire éternellement- est de quatre ans et non pas de huit mois. Je ne sais pas ce qui se trame quelque part, mais notre mandat est de quatre ans. Et durant ces quatre ans, nous allons démontrer que nous sommes vraiment décidés. Onitiana Realy :
Je prends à la volée « ce qui se trame quelque part ». Vous parlez d’installation d’un Pds (Président de délégation spéciale) ou bien ? M. Andry Rajoelina :
Cela peut en faire partie. Nous avons tous lu dans les journaux qu’ils (les membres du parti Tim) préparent déjà les élections de décembre 2001 où auront lieu l’élection de nouveaux maires. Avant toute chose, il faut que vous sachiez que dans la ville d’Antananarivo c’est le Tim qui fait figure d’opposant. Opposant au Tgv parce que nous avons été élus, que nous sommes au pouvoir à la Mairie. Par conséquent, ce parti devrait respecter la charte républicaine. Comme il le dit si bien à ses opposants : attendez les élections et on verra la suite en 2011. Nous ne demandons qu’à travailler, qu’à démontrer notre savoir-faire. Car nous perdons notre temps. Si nous aimons vraiment notre patrie, c’est le mieux-être de la population, de nos semblables qui doit primer et non les intérêts personnels. Vous avez, Onitiana, si je me suis porté candidat à la mairie, sans prendre considération de mes intérêts personnels. J’ai voulu relever le défi de léguer quelque chose de bien aux générations malgaches futures. Si c’était pour moi personnellement, je ne me serai jamais présenté. La rumeur parle aussi d’une démission de ma part. Ecoutez, je vais jusqu’au bout de mes décisions et je termine toujours ce que j’ai commencé ! Je n’ai pas peur de ce qui veulent me faire peur, je ne fais pas partie de ceux qui ont peur, je ne suis pas corruptible mais je demeure maître de mes idées, et jusqu’au bout. Onitiana Realy :
A l’heure actuelle, la majorité des problèmes sont résolus, après que le Président de la République vous ai invité à le rencontrer. Mais si cela n’avait pas eu lieu, où en serions-nous à l’heure actuelle ? Car cette rumeur de votre démission était tenace. Or, donc, quoi qu’il puisse arriver, quatre ans pour vous, c’est quatre ans ? Vous le réitérer urbi orbi ? M. Andry Rajoelina :
Je poursuivrai mon mandat jusqu’à son terme, quoi qu’il puisse arriver. Mais je ne le terminerai pas uniquement mais je réaliserai toutes les promesses faites lors de la campagne électorale. Certains disent que je verse dans la démagogie. Je ne sais pas. Laissez-moi réfléchir pour savoir qui fait vraiment de la démagogie… Onitiana Realy :
Mais durant huit mois, on a eu l’impression que le Maire d’Antananarivo a perdu son temps à jouer au pompier. Quid alors de l’hôtel de ville ? Où en sommes-nous après cette pose de première pierre grandiose ? Je me tourne vers Ivato et je vois que le grand hôtel construit par les Chinois a atteint des sommets… alors que l’hôtel de ville n’a pas grandi d’un centimètre. Est-ce du à toutes ces tracasseries à votre encontre ? M. Andry Rajoelina :
A propos de l’hôtel de ville, nous sommes d’abord, confrontés à la lourdeur administrative. L’appel d’offres a été lancé. De la pose de la première pierre à aujourd’hui, une étude des sols a déjà été menée à bien. Démarche incontournable pour un bâtiment historique voué à être pérenne comme l’hôtel de ville. Dès lundi ou mardi qui vient, nous connaîtrons le nom de l’entreprise sera chargée des travaux. Et tant que je serai Maire d’Antananarivo, l’hôtel de ville sera reconstruit. Onitiana Realy :
Avant de parler de votre programme à venir, revenons sur votre entretien avec le Président de la République qui a permis la résolution des problèmes du Samva et de la gare routière. Mais la population se demandera déjà si, en votre for intérieur, vous pensez que cela en restera là des tracasseries à votre encontre et que, désormais vous pourrez travailler plus sereinement. M. Andry Rajoelina :
Ecoutez, et c’est sorti dans les journaux ce jour, nous étions deux grandes personnes qui ont passé un accord basé sur le mieux-être et mieux-vivre de la population. La teneur du communiqué du conseil de gouvernement est ceci : il a été décidé d’un partenariat renforcé entre la CUA et le gouvernement, dans le respect des textes et lois en vigueur au pays. Je pense que cela est clair et permet de penser que le partenariat sera volontariste et transparent et que chaque partie aura sa mission dévolue propre. Onitiana Realy :
Vous avez dit que le Tim est un opposant à Antananarivo parce que c’est le Tgv qui dirige et gère la ville. Or, juste après votre entretien avec le Président, certains disent que vous vous êtes plutôt touné vers le Tim, que le cœur de leader du Tgv penche désormais pour le Tim. M. Andry Rajoelina :
Ecoutez, j’ai toujours parlé de nouvelle vision, comme d’autres entités politiques d’ailleurs. Mais pourquoi le Tgv est-il plus différent encore, moi en particulier ? D’abord parce que nous prônons l’amour, nous avons de l’amour et nous entendons transmettre et partager cet amour. Voilà la grande différence : l’amour pour la Cité, l’amour de faire des grandes choses ici à et pour Antananarivo. J’ai maintes fois dit, déjà, que je ne fais pas partie de l’opposition. Mais cela n’empêcherait pas d’œuvrer dans un projet commun ; je ne fais pas partie du parti au pouvoir, mais cela n’empêcherait pas aussi de travailler ensemble avec le gouvernement. Et nous devons vraiment travailler ensemble pour mener à bien les projets établis pour la ville d’Antananarivo. Mais de là à dire que je suis allé vers le Tim ou vers l’opposition, c’est une aberration de l’esprit qui ne tiendra jamais la route.
Puisque vous avez parlé d’opposition, je vais parler un peu de politique parce que, durant cette période de tracasseries, le premier parti à avoir défendu le gouvernement était le parti Tiako i Madagasikara. Parce que de vous on dit qu’un parti politique d’opposition ou un (des) politicien(s) serai(en)t derrière vous. Ce matin, par exemple, des membres du rassemblement de l’opposition allaient tenir un meeting au gymnase couvert de Mahamasina. Ils avaient eu votre autorisation mais pas celle du préfet de police. Cela suffit aux gens pour qu’ils pensent qu’Andry Tgv est de mèche avec l’opposition. M. Andry Rajoelina :
L’octroi d’une autorisation pour utiliser un lieu donné, dans la Capitale, aux opposants ne veut dire automatiquement être de mèche avec eux. Je suis Maire de la ville et donc de tous les Antananariviens qui y vivent, sans exception. Aussi, s’il y a un lieu libre, il peut être disponible à tous. N’oublions pas que nous sommes un pays qui se prétend démocratique. Donc, dans cette démocratie, tous ceux qui ont des idées, qui ont quelque chose à dire, ont le droit de parler et d’être entendus. Donc, si le lieu est libre, tout le monde peut le louer, qu’il soit Tim, opposant ou toute autre entité. En ce qui concerne les meetings à caractère politique, c’est le préfet qui décide en dernier ressort. Les jours disponibles dépendent du calendrier de réservation. Mais si nous nous amusons à dire qu’une salle n’est pas libre à quelqu’un pour la louer à un autre, alors nous ne sommes plus démocrates. Onitiana Realy :
Oui mais, du temps du Tim à la Mairie, aucun parti d’opposition n’avait reçu d’autorisation… Vous êtes arrivé et vous êtes plus libéral dans l’octroi d’autorisation. Avez-vous parlé de cela avec le Président ? M. Andry Rajoelina :
Non car nous n’avons abordé que le côté technique des problèmes. Et je suis heureux de vous apprendre ce soir que les problèmes ont été résolus sur ce plan technique. Ainsi, le Président m’a ménagé une entrevue avec le Premier ministre avec lequel ont été abordées les diverses solutions pour le développement effectif de cette ville d’Antananarivo. Aucun point d’ordre politique n’a été abordé. Onitiana Realy :
Durant toute cette période de tracasseries émanant du gouvernement, les choses ne se sont jamais améliorées jusqu’à ce que les problèmes arrivent jusqu’au Président. Est-ce à dire qu’il est le seul à régler tous les problèmes de ce pays ou bien est-ce à dire que, désormais, le seul interlocuteur valable pour le Maire est le Président de la République ? M. Andry Rajoelina :
Notre requête a toujours été le dialogue, les échanges de vue. Or, toutes les décisions prises à propos des dettes, du Samva, de la gare routière, l’ont été faites unilatéralement, sur la base de décisions. C’est-à-dire que c’était au niveau d’un directeur de ministère qu’elles se prenaient. Il ordonnait pratiquement de but en blanc : Monsieur le Maire, voici la décision prise à partir de maintenant ! Nous ne pouvions pas l’accepter. Vous sous-entendez donc, Onitiana, qu’il aura fallu l’intervention du Président de la République pour résoudre les problèmes ? En tout cas, je peux vous répondre qu’il y a eu des échanges de vue réelles avec le Président ; il y a eu un vrai dialogue : quels sont les vrais problèmes ? Comment les résoudre ? Et ils ont été résolus. Donc, pour nous, que ce soit le Président, le Premier ministre, un ministre ou quelqu’un d’autre, c’est le dialogue, les échanges de point de vue qui priment et que nous souhaitons. Onitiana Realy :
A compter de maintenant, alors, la population d’Antananarivo peut espérer que le maire et son équipe vont travailler pour son bénéfice et son mieux-être, si tant est que les tracasseries politiques -bien que vous préférez le mot techniques- passées, entre la CUA et le pouvoir central ne seront plus que de mauvais souvenirs ? Donc, la population a les yeux tournés vers vous. Quel sera alors votre programme ? M. Andry Rajoelina :
Il faut d’abord vous dire qu’il y a des gens qui comparent le passé et le présent. Dans cette optique, si l’on prend l’année dernière à la même période, c’est-à-dire de janvier à ce mois de septembre, que s’est-il passé ? Le contexte n’était déjà pas le même puisque l’an dernier il y a eu les Jeux des îles, avec des subventions très conséquentes. Actuellement, notre priorité est de trouver les meilleurs moyens de pouvoir faire rentrer plus d’argent dans les caisses de la commune afin de pouvoir travailler et non pas comment dépenser de l’argent et d’en chercher ensuite. Voilà bien deux démarches qui diffèrent grandement. Par exemple, de janvier à août 2007, l’investissement effectué l’an dernier était de 5 milliards d’Ariary ou 25 milliards de francs malagasy. Pour nous, de janvier à août 2008, il est de 50 millions d’Ariary soit 250 millions de francs malagasy. Or, la ville est propre, les gens vivent convenablement et le travail se déroule correctement au sein de la CUA. Le salaire de tout personnel est toujours payé dans les temps.
Une journaliste qui maîtrise très bien son métier
Onitiana Realy :
Entrons dans le domaine qui touche la vie au quotidien de la population. Certains disent que, depuis l’arrivée d’Andry Rajoelina à la Mairie, les marchands ambulants reviennent en force sur les trottoirs de la ville. M. Andry Rajoelina :
C’est effectivement vrai, Onitiana. Ce problème des marchands ambulants ne date pas d’aujourd’hui. C’est un sujet qui épuise l’encre des journalistes depuis des lustres. J’ai lu, dans Madagascar Tribune, un article relatant les parties de cache-cache agents de la commune et marchands ambulants dans les années 1990. Jusqu’à présent, aucune solution pérenne n’a été trouvée par tous les maires qui se sont succédé. Le plus grave c’est que le problème devient un problème économique. D’après des statistiques fiables, en l’espace de seulement 15 jours, plusieurs zones franches ont mis la clé sous le paillasson mettant 6.000 personnes au chômage. Vous savez, à présent, d’où viennent tous ces marchands qui encombrent les trottoirs de la ville. Une fois sans travail, ils vont chez les grossistes chinois, déposent leur carte d’identité pour recevoir des petites marchandises -ceintures, sacs à main, chaussures…- pour les vendre sur les trottoirs. Et c’est ici que le partenariat avec le pouvoir avec le pouvoir central est primordial. Parce que s’ils sont 6.000 en 15 jours, ils seront 40.000 en deux mois ! Car d’autres zones franches (Panthen, Arthen, Crazy…) ont déjà déposé leur préavis de fermeture. Quelle est notre solution ? Car nous ne serions en effet que des plaignants si nous n’avons pas de solution à un problème donné. Aussi, les adjoints au maire, depuis des mois, cogitent pour faire en sorte que tous les marchands d’Antananarivo entrent dans le secteur formel ayant un cadre légal. Cela nous permettra de les recenser, de connaître la catégorie de leurs produits, de les comptabiliser. Par la suite, nous leur octroierons un emplacement dans un endroit de la ville, que nous avons déjà localisé et qui peut contenir plus de 10.000 marchands. Voilà notre défi ! Parce que plus il y aura de zones franches qui fermeront, plus, il y aura de marchands dans les rues et la situation ne pourra plus être gérable. Qui dit recensement dit paiement d’une patente et délivrance d’une licence comme les taxis-ville et les taxis-be afin de limiter leur nombre. Comme les pharmacies dont le nombre est limité par arrondissement selon le nombre d’habitants. Onitiana Realy :
Les experts déclarent que l’expansion du secteur formel démontre une pauvreté galopante au sein d’une nation donnée. Vous avez parlé de zones franches fermées amenant des milliers de chômeur à entrer dans la vente sauvage dans les rues ; vous avez également parlé de taxis-be et je saute sur l’occasion pour amener vos explications sur le problème du délabrement des rues, surtout qu’il y a eu de fortes pluies hier sur la ville qui ont défoncé et inondé ces voies sensées être carrosables et qui font grincer des dents les usagers. Particulièrement, les rues du quartier des 67ha, derrière l’immeuble Ny Havana. Mais qu’attend le Maire pour réparer ces rues, se lamentent-on ? A moins que ce ne soit pas une priorité ? M. Andry Rajoelina :
Pour nous, tout est priorité. Et entrent dans les attributions de la CUA les réparations et la maintenance périodique du réseau et infrastructures routières de la ville. Mais il faut savoir d’où provient le financement permettant ces travaux ? Il provient du FER ou Fonds d’entretien routier alimenté par les impôts sur les carburants. Chaque fois que nous achetons de l’essence ou du gas-oil, une taxe de 7% est prélevée par l’Etat, destinée à ces travaux. En ce qui concerne les 67ha, c’est le FER qui doit être utilisé et non la caisse de la commune. Mais nous attendons encore cet argent du FER. ET là aussi, le partenariat avec le pouvoir doit être étroit. Il est donc vrai que sans ce partenariat avec le gouvernement et/ou le pouvoir central, rien de concret ne pourra se faire dans ce domaine. Je vais vous donner un exemple : en 2004, la CUA a reçu 18 milliards fmg du FER. Actuellement, nous n’avons reçu que 3,500 milliards. Même pas de quoi réparer deux kilomètres. Or, il faut savoir que c’est la CUA qui paie le plus de taxes pour le FER. Environ 70% des taxes perçus pour le FER proviennent de l’ensemble de la population d’Antananarivo. Logiquement donc, il ne devrait pas y avoir de nids-de-poules dans la Capitale où circulent le plus grands nombre de camions et voitures diverses. La répartition se fait au niveau du Conseil d’administration. A qui donner le plus ? Tamatave ou Fianarantsoa ou Toliara ou Antananarivo ?
En fait, il ne faudrait plus faire de discrimination mais allez dans la logique des choses. Par exemple, avec 70% de taxes perçus c’est Antananarivo qui devrait être le plus doté pour entretenir son infrastructure routière toujours en bon état. En ce qui concerne les subventions de l’Etat, c’est la même chose. Il peut octroyer beaucoup, peu ou ne rien donner du tout, comme ce fut le cas à Toamasina en son temps Résultats : l’image du maire a été complètement détruite de fait que toutes les routes étaient délabrées et les ordures se sont amoncelées de manière exponentielle. Ce que je veux dire, c’est que nous sommes toujours en quête nos droits pouvant nous permettre de réaliser nos projets. Et de défendre les acquis et les bénéfices auxquels la ville a droit. Le but sur lequel nous ne dévierons pas d’un iota est : Antananarivo moderne. Onitiana Realy :
Nous avons parlé de marché, de routes, quid de l’électricité publique ? Je me souviens, au tout début de votre mandat, l’eau des bornes fontaines avait été coupée. A présent, les citadins ragent du fait que la majorité des poteaux publics ne sont pas allumés à la tombée de la nuit. L’an dernier, avec les Jeux des îles, la ville brillait de mille feux, avec des jets d’eau partout… Actuellement ces derniers ont disparu et les ruelles sont plongées dans un noir total. Ce problème vient-il aussi du fait que la CUA manque d’argent ? M. Andry Rajoelina :
Je vous avais déjà rappelé que les investissements de l’an dernier de ceux de nos jours sont incomparables. Nous sommes même obligé d’observer une politique d’austérité, jusqu’à nos dépenses en carburants. Auparavant, un directeur avait droit à 50l. Actuellement, il doit se contenter de 10-15l car c’est devenu très onéreux. Ici, je tiens à louer la compréhension de tout le personnel de la CUA pour cette obligation d’économie forcée. Nous n’entendons pas jeter l’argent par la fenêtre. C’est vrai, nous n’avons pas pu installer des jets d’eau ni aménager de nouveaux jardins, c’est un fait, mais nous n’avons pas le même budget qu’en 2007. Donnez-nous 5 milliards et vous verrez cette ville scintiller au firmament ! Pour en revenir à l’électricité publique, Onitiana, il est exact que la population d’Antananarivo souffre de cette situation au moment où je vous parle. Le problème émane du partenariat avec la Jirama. Et nous posons des questions. J’ai demandé à notre directeur technique le nombre d’ampoules données à la Jirama pour qu’elle les puisse garnir les poteaux. 7.000 ampoules ont été données à la Jirama pour faire en sorte que l’éclairage public revienne à la normale. Car c’est lui qui est garant de la sécurité urbaine. Actuellement, dès la nuit venue, les gens ont peur de traverser les ruelles de leur quartier et de rencontrer, dans le noir, des détrousseurs, des assassins. Or, l’année dernière seulement 3.500 ampoules avaient été données à la Jirama mais il n’y avait pas ce noir total dans les rues. Et malheureusement, la loi nous interdit de poser nous-mêmes ces ampoules. C’est une prérogative de la Jirama. Ne vaut-il mieux pas voir la sécurité de la population plutôt qu’autre chose et œuvrer ensemble dans ce sens ? Car, lorsque la population vit sereinement, il en va de même pour nous dirigeants de la CUA, de la Jirama, des ministères Onitiana Realy :
Dernière question, Monsieur le Maire. Lorsque vous vous êtes porté candidat, vous avez affirmé que vous n’êtes pas un politicien. Lorsque les tracasseries sont survenues, certains ont fait un parallèle avec le parcours de combattant qu’a traversé le Président de la République lorsqu’il était lui-même maire d’Antananarivo avant de devenir Président. C’est-à-dire que, par la force des choses, on peut être amené à changer d’idée… Vous, est-ce que vous vous sentez, à présent, dans la peau d’un politicien, après avoir vécu tout cela en tant que Maire ? M. Andry Rajoelina :
La politique que je pratique est la politique de développement, du développement de la ville. Nous ne faisons aucune politique politicienne pour la simple et bonne raison que, dans toutes les actions que nous menons, mon équipe et moi, il n’y a aucune place à un quelconque calcul politique. Que cela soit clair une bonne fois pour toute. Parce que les gens ont un calcul politique dans la tête. Les déclarations d’un membre du parti Tim me laisse dubitatif : « Nous, nous préparons déjà les élections de 2012 ». Peut-être que le fait de nous mettre des bâtons dans les roues est compris dans la politique politicienne ? Le fait que nous ne puissions rien entreprendre ni réaliser ; que la population le constate et qu’ainsi, avec cette image négative, nous ne puissions plus nous présenter aux élections futures pour manque de crédibilité ? Mais nous, nous n’avons même pas à l’esprit qu’en 2011, dans trois ans, ce sera les élections des députés et des maires. Nous n’en sommes pas encore là. Si j’avais voulu faire de la politique, beaucoup de gens auraient derrière moi durant les élections qui ont eu lieu, comme pour les conseillers régionaux. Mais nous (association Tgv) n’avons participé à aucun de ces scrutins. Parce que nous n’avons aucun calcul politique. Notre défi est développer la ville, d’atteindre ensemble l’objectif qui est de faire d’Antananarivo une mégapole moderne. Onitiana Realy :
Nous vous remercions, Monsieur le Maire, d’avoir voulu accepter d’être notre invité pour cette émission spéciale de « L’Invité du Zoma ».
Les questions des journalistes présents et les réponses du Maire Andry Rajoelina vous seront rapportées ultérieurement dans une rubrique à part.
Recueillis et traduits par : Jeannot Ramambazafy
Journaliste indépendant