« Toute l'eau des océans ne suffirait pas à éteindre le feu de l'Amour. Et toute l'eau des fleuves serait incapable de le noyer.
Imaginons quelqu'un qui offrirait tous ses biens pour acheter l'amour : il ne manquerait pas de recueillir le mépris »
(Cantiques des Cantiques : 8 : 7)

Le Mot du Maire


Place à la Démocratie !

L’année 2008 touche à sa fin. Je remercie tous les habitants, sans exception, de la ville d’Antananarivo ainsi que toutes les forces de l’ordre à tous les niveaux. En effet, aucun incident majeur n’est venu troubler la date commémorative de l’arrivée du Sauveur. Il s’agissait effectivement d’un évènement empli d’amour et d’espoir pour le genre humain, qu’il soit chrétien ou non.
Une année s’est écoulée et, depuis ma prise de fonction, des faits incompréhensibles dans un pays démocratique ont perturbé le calendrier du programme de développement pour lequel je me suis porté candidat à la Mairie d’Antananarivo, le 12 décembre 2007. Mais avec amour, et surtout l’amour divin et l’amour du prochain, je puis vous assurer que 40% de ce programme a été réalisé. Dans le courant du mois de janvier 2009, nous allons procéder à l’inauguration de la Place d’Andohalo entièrement rénovée. Ce, grâce au partenariat de la Ville de Paris. Les travaux ont débuté en avril 2007.
Cependant, nous ne pourrons pas avancer convenablement tant qu’il subsistera des lacunes au sein de notre démocratie, système de société que le peuple malgache a choisi avec, comme pierre angulaire, le respect des droits fondamentaux et universels de l’homme dont émane la Constitution de Madagascar. Malheureusement, tous les Malgaches ne sont pas au-dessous de cette loi et la fermeture sans délai de la station de télévision Viva en est une piètre illustration, alors que les medias publics demeurent un domaine exclusif des tenants du pouvoir et que la station appartenant au Président fait fi des règlementations liés au droit d’émettre sur tout le territoire.

Certes, la station Viva, émettant uniquement à Antananarivo et ses environs, est ma propriété mais, durant tout mon mandat électif, je ne suis impliqué à aucun niveau quant à sa gestion et sa grille de programmation. Toutefois, ayant un droit de regard, j’ai toujours prôné pour l’ouverture, la liberté d’expression et d’opinion. C’est donc en tant que premier Magistrat de la Capitale que je m’insurge sur une décision ministérielle aussi inique qu’anti-démocratique et qui tend à me viser personnellement alors que d’autres supports médiatiques avaient reporté les propos de l’ancien Président de la République, usant de son droit de citoyen. Mais il est dit qu’à Madagascar, jusqu’ici, il est difficile pour les tenants du pouvoir de donner la main, sans considération aucune d’appartenance, pour le bien de la majorité et pour le développement du pays lui-même. Si donc vous n’êtes pas membre du parti au pouvoir, vous êtes un ennemi de la Nation ? Ce système, cette manière d’agir existe depuis la première république En ce troisième Millénaire, à l’heure de l’information en temps réel, ce système de pensée unique -particulièrement dans un pays qui se prétend démocratique- n’a pas sa raison d’être. D’où ma ferme volonté d’instaurer une Place de la Démocratie qui devrait se passer de toute définition fantaisiste.

 L’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme stipule que :
« Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».

Quant à la Constitution de Madagascar, bien que plus restrictive, elle inscrit néanmoins noir sur blanc :
Article 9 : « L'exercice et la protection des droits individuels et des libertés fondamentales sont organisés par la loi ».
Article 10 : « Les libertés d'opinion et d'expression, de communication, de presse, d'association, de réunion, de circulation, de conscience et de religion sont garanties à tous et ne peuvent être limitées que par le respect des libertés et droits d'autrui et par l'impératif de sauvegarder l'ordre public ».


En fait, cette décision d’instaurer une Place de la Démocratie émane de toutes les composantes de la société malgache établie dans la Capitale. Etant donné que toutes les régions sont représentées dans cette ville. A propos de station audiovisuelle fermée pour des causes peu crédibles par rapport aux textes constitutionnels, la réouverture de la télévision Viva ne résoudra pas le grave problème du manque flagrant de liberté d’expression, d’opinion et de presse qui prévaut En six ans, l’actuel pouvoir aura battu le record de la censure voilée. Rien qu’en 2004, trois stations radios avaient été fermées : Radio Ny Antsika (RNA), Sky FM, Radio Feon’i Toamasina (RFT) à Toamasina. Il s’agit donc de ne plus faire deux poids, deux mesures…
En attendant, le monde est en marche alors que Madagascar s’empêtre dans des considérations intérieures qui ne nuisent qu’au pays et aux Malgaches eux-mêmes. Pourquoi alors une Place de la Démocratie ? Etymologiquement ce mot vient du grec dêmos, peuple, et kratos, pouvoir, autorité.

La démocratie est donc le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple (principe de souveraineté), sans qu'il y ait de distinctions dues à la naissance, la richesse, la compétence, à l’appartenance... (principe d'égalité). En règle générale, les démocraties sont indirectes ou représentatives, le pouvoir s'exerçant par l'intermédiaire de représentants désignés lors d'élections au suffrage universel. Que penser du droit de vote des habitants d’Ivato aéroport et d’Ivato Firaisana qui, une année après avoir voter pour leur maire respectif, se voient subitement déchu de leur droit pour cause de Sommet de l’Union africaine qui ne durera qu’un temps ? Il est impossible que Madagascar puisse survivre à coups de décrets aussi imprévisibles que nocifs pour la démocratie décrite plus haut.
Par ailleurs, quels sont les autres principes et fondements de la démocratie ? Il s’agit de la liberté des individus ; la règle de la majorité ; l'existence d'une « constitution » et d'une juridiction associée (le Conseil constitutionnel en France) ; la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) ; la consultation régulière du peuple (élection et référendum) ;  la pluralité des partis politiques ; l'indépendance de la justice.

C’es donc en connaissance de tous ces principes inaliénables que l’instauration de la Place de la Démocratie sera effectuée dans la Ville d’Antananarivo. Car certains de ces principes ne sont pas appliqués ou n’existent même pas dans la Grande Île. Il ne s’agit point, comme pourraient le prétendre les zélateurs de tous bords, de faire descendre les gens dans la rue pour préparer un coup d’état. Que demande le peuple sinon un grand changement d’attitude et de gestion des affaires de l’Etat de la part des dirigeants actuels ? Et, après six ans d’espérance vaine, il est impatient et veut du concret. D’où la date du 13 janvier 2009 que j’ai cité pour espérer faire entendre raison aux tenants du pouvoir. Et, comme on le dit en jargon journalistique : la balle est dans son camp car, en fait, tout dépendra de ce que dira le Président de la République lors de son message à la Nation, le 31 décembre 2008 ! Pour l’heure, je tiens à vous souhaiter à toutes et à tous une bonne et heureuse nouvelle année 2009 ! Passez une bonne nuit de la St Sylvestre et que cette nouvelle année puisse apporter effectivement ce renouveau que le peuple attend depuis près de 50 ans.

Andry Nirina RAJOELINA
Maire de la ville d'Antananarivo