
Marcher dans la Lumière
Citoyens malgaches de la Capitale de Madagascar, de toutes les régions de la Grande île et des quatre coins du monde ; étrangers situés dans les mêmes zones géographiques : au nom de la ville d’Antananarivo, permettez-moi, avant toute chose de vous souhaiter, ici, mes vœux de santé, bonheur et prospérité. Que cette nouvelle année 2009 soit celle du développement conjuguant toutes les forces de la Nation, sans exclusive, sous la bienveillance de Dieu, dans un esprit démocratique, dans le respect de la loi.
Néanmoins, pour le moment, force est pour nous tous de constater que nos revendications pour plus de démocratie, plus de liberté d’expression, d’opinion et de réunion -avec comme argument essentiel la réouverture de toutes les stations audiovisuelles fermées depuis 2004, dont la télévision Viva-, ont été superbement ignorées par le régime qui parle actuellement d’ordre public. Qu’est-ce que cette notion ? En fait, il s'agit de l'ensemble des règles auxquelles il est interdit de déroger et qui touchent à l'organisation de la nation, à l'économie, à la morale, à la santé, à la sécurité, à la paix publique, aux droits et aux libertés essentielles de chaque individu. Bref, c’est un vaste domaine dont les limites sont très floues. Ainsi, pour le pouvoir actuel, à cause justement de ce caractère opaque de la définition même du terme, tout acte qui lui semblera allant à l’encontre de sa vision de développement « démonstratif » -pour ne pas dire en apparence- sera taxé de trouble de l’ordre public.
Et c’est bien là que réside le danger de la mise en place d’un diktat à Madagascar. Il faut savoir qu’en politique internationale, ce mot formé à partir d'un verbe latin « dictare » signifiant « dire, prescrire, ordonner », désigne une chose imposée, dictée et qui est généralement considérée comme une humiliation pour le peuple qui la subit. Il faut se rappeler que les revendications pour une démocratie effective et plus de respect des droits fondamentaux de l’homme n’émanent pas de moi personnellement mais émanent de toutes les composantes de la société malgache établie dans la Capitale. Etant donné que toutes les régions sont représentées dans cette ville, elles émanent donc de l’ensemble de la population de Madagascar. Celle que l’on dénomme majorité silencieuse. Par un durcissement du système actuel de paternalisme, de pensée unique et de culte de la personnalité, au niveau de la décentralisation, de l’intérieur et de la sécurité intérieure, avec la nomination de trois ministres, cette large majorité des Malgaches à Madagascar se retrouvent pieds et poings liés comme du temps de la révolution socialiste qui, pourtant, a été l’objet du combat de tout le peuple pour rejeter l’amiral Didier Ratsiraka, en hissant au pouvoir M. Marc Ravalomanana. On dit, en malgache : « Ny tody tsy misy fa ny atao ihany no miverina » ou faire à autrui ce que l’on vous a fait subir à vous-même. L’amnésie est le fort de tout dictateur en puissance de par le monde...
Allons-nous subir longtemps sans réagir face au réel danger qui guette la nation toute entière, dépassant le stade des diverses tracasseries perpétrées à l’encontre de toute une ville qui m’a élu à 63,72% des suffrages exprimés ? Non ! D’où notre ferme volonté de retenir cet ultimatum du 13 janvier 2009. Il ne s’agit point de chercher à organiser un coup d’Etat mais, encore une fois, de faire entendre raison à des dirigeants qui oublient trop facilement qu’ils ne seront pas là éternellement et surtout qu’ils sont là, temporairement donc, par la volonté du peuple. Vox populi, vox dei. Lorsque le légitime tend à dépasser le légal, comme actuellement, il y a péril en la demeure. Lorsque les murs commencent à parler, c’est le ras-le-bol général (« mandohalika ny ranom-bary ») qui s’instaure. Aussi, je demande humblement aux Malgaches de garder sang-froid et sérénité. De ne pas se laisser aller vers des dérives qui seront durement réprimées. Nul ne peut prédire l’avenir. Mais ce n’est pas moi qui irai mener les gens dans la rue. Non, le temps est à l’imploration de la Grâce de Dieu qui a donné son Fils unique pour porter en lui tous les péchés du genre humain.
Il importe donc pour nous de marcher dans la lumière pour chasser les esprits maléfiques qui tendent à envelopper la ville d’Antananarivo sinon la Grande île toute entière. C’est pourquoi la Commune Urbaine d’Antananarivo que je dirige, organise ce culte œucuménique du dimanche 11 janvier 2009, à 15h, au jardin municipal d’Ambohijatovo. Nous invitons tous les chrétiens de toutes les confessions et tous les non chrétiens à venir y assister afin de louer le Seigneur et d’implorer sa bénédiction car rien ne pourra se faire sans la foi en l’amour divin. Que se passera-t-il après le 13 janvier 2009. Nul ne peut prédire l’avenir, mais avec l’aide de Dieu Tout-Puissant tout miracle est possible. Car « la marche dans la lumière » est du domaine de la vie pratique : Et voici le jugement : « la lumière est venue dans le monde, et les humains ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. Car quiconque pratique le mal déteste la lumière ; celui-là ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient dévoilées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu'il soit manifeste que ses oeuvres ont été accomplies en Dieu ». (Jean 3.19-21)
En attendant ce culte du 11 janvier, je vous réitère ici mes vœux les plus sincères pour cette nouvelle année 2009.

Andry Nirina RAJOELINA
Maire de la ville d'Antananarivo