« Toute l'eau des océans ne suffirait pas à éteindre le feu de l'Amour. Et toute l'eau des fleuves serait incapable de le noyer. Imaginons quelqu'un qui offrirait tous ses biens pour acheter l'amour : il ne manquerait pas de recueillir le mépris »
(Cantiques des Cantiques : 8 : 7)
Ville d'Antananarivo : l'heure est grave

En moins d’une semaine, le régime Ravalomanana a démontré qu’il entend asseoir une dictature rapide et durable pour diriger Madagascar, cette Grande île martyre et martyrisée pour la troisième fois par un individu qui a accédé au poste suprême par la force des choses, en 2002, et qui est devenu suffisant et empli de dédain vis-à-vis du peuple sans qui, pourtant, il n’aurait jamais été là. Les derniers méfaits d’une dictature établie.

En décembre 2007, le parti Tim au pouvoir perd la bataille électorale pour avoir la ville d’Antananarivo dans son giron. Du coup, ce n’est plus la raison et la logique du développement commun qui va l’emporter mais la rage et l’orgueil très mal placés d’un docteur professeur honoris causa qui ne recule jamais devant rien pour parvenir à ses fins. Ainsi, durant toute l’année 2007, malgré les bonnes intentions verbales, ce n’est plus seulement le Maire élu Andry Rajoelina qui subira les impacts dévasteurs de cette politique de la terre brûlée mais toute la population antananarivienne privée, jusqu’à cette veille de Noël 2008, d’électricité pour la majorité de ses quartiers. La Jirama ne faisant pas son métier convenablement car l'Etat y est actionnaire majoritaire... Premier croche-pied significatif, le déclassement de la Capitale de Madagascar même, au niveau de la gestion administrative et financière. Puis, après la confiscation des avoirs et droits financiers de la mairie, vint la décision à ce qu’elle devrait rembourser toutes les dettes contractées par les prédécesseurs du Maire Andry Rajoelina depuis plus de 15 ans. Comme ce n’était pas suffisant, arriva la mainmise sur le service de nettoyage de la ville (Samva) puis celle sur la gestion de la gare routière d’Ampasampito par l’Agence des transports terrestres ou Att. Avec la montée au créneau de quelques directeurs généraux vraiment trop zélés pour être honnêtes. Mais lorsque le président Ravalomanana invita le Maire Andry Rajoelina pour un éclaircissement de la situation et calmer ce jeu peu démocratique, tous ces zélateurs, ces forts en gueule se firent tout petits car Marc Ravalomanana donna des ordres dans le bon sens. Mais deux jours après cette entrevue, voilà que la société de distribution pétrolière qui a un accord avec la CUA inventa des raisons plus que douteuses pour refuser d’approvisionner en carburants les camions bennes de la Commune Urbaine d’Antananarivo. Comme construire sur du sable n’est pas durable, ici encore tout rentra dans l’ordre mais sans excuse.
Ces personnages oublient un fait de ce troisième millénaire : nous vivons actuellement à l’ère de l’information en temps réel. La moindre entorse faite aux principes même de la notion de république et de démocratie est relatée. Si bien qu’il faudrait être un martien pour ignorer et faire fi de  l’opinion publique nationale et internationale. L’ancien Maire de Toamasina, Roland Ratsiraka n’a pas tenu compte du pouvoir de l’information et de la communication. A moins qu’il n’ait pas eu le temps nécessaire. En effet, ayant pris de l’avance à travers une campagne de désinformation et d’intox où même l’actuel président de l’assemblée nationale avait posé devant un bac à ordures archi-plein, le pouvoir a réussi à le mettre en prison pour des motifs sans fondement. Jusqu’à aujourd’hui, il ne s’en n’est pas remis tout à fait. Son domicile et ses bureaux, récemment encore, ont fait l’objet d’une perquisition sur simple délation comme quoi il avait emmagasiné, pour lui, du matériel médical destiné aux hôpitaux publics. A prétexte ridicule, résultats de perquisition se soldant par un échec. Mais le ridicule n’a jamais tué personne dans nos contrées… Et le régime Ravalomanana, appuyé par un parti Tim encore plus vicieux que le Psd et l’Arema réunis s’est toujours comporté comme un chat guettant une souris. Et une nouvelle occasion survint à travers l’interview intégrale de l’ancien président Didier Ratsiraka sur Viva Télévision via un Vcd enregistré à son domicile de la région parisienne. Ce samedi 13 décembre 2008, moins de deux heures après la diffusion, une décision ministérielle de fermeture qui attendait bien au chaud dans un tiroir a été signée par le ministre de tutelle (lire article par ailleurs sur ce site même) et montrée aux techniciens de la station qui fut fermée séance tenante. Sans notification ni rien d’autre judiciairement parlant. Certes, en tant qu’élu, le Maire Andry Rajoelina, jusqu’à la fin de son mandat, n’a plus aucun lien avec Viva Tv, quant à sa gestion ou même à son contenu. Mais s’il est monté au créneau, le 17 décembre 2008, c’est d’abord parce que cette station se trouve dans sa ville et ensuite et surtout parce que c’est la liberté d’expression et d’opinion même qui est en danger. D’où les extraits décisifs de ses décisions que nous avons transcrites et traduites ci-après.

Andry Rajoelina : 17 décembre 2008 au restaurant "La Rotonde" à Besarety
Suite à la fermeture de la télévision Viva, le Maire Andry Rajoelina est monté au créneau, au restaurant « La Rotonde » de Besarety, pour défendre les droits liés à la liberté de presse et d’opinion outrageusement bafoués par le régime Ravalomanana. Une prise de position d’ordre extrêmement politique voulue, à dire vrai, par le pouvoir lui-même. Extraits de ses déclarations en malgache, transcrites et traduites ici le plus fidèlement possible. Face à de nombreux chefs de parti d’opposition et conjointement avec des représentants de la société civile.


Restaurant La Rotonde, 17 décembre 2008, de gauche à droite  :
Madeleleine Ramaholimihaso (KMF/CNOE), Andry Rajoelina, Nadine Ramaroson
(CONECS)

« Misy tokoa amin’izao fotoana izao, ny fanamparam-pahefana, ny didy jadona manoloana ny fitantanana sy fanakatonana haino aman-jery. Io indrindra no mahatonga ny fanontaniana mipetraka hoe : betsaka ny lalàna tsy vohaja ao anaty fepetra noraisina izay misy alako bika tsy tiako tarehy. Ao anatin’izany ny fitakianay dia tsy ny zon’ilay haino aman-jery nakatona akory no mampalahelo fa indrindra indrindra ny zon’ny mponina malagasy iray manontolo izay tokony hahafantatra ny vaovao sy ny zava-misy eto amin’ny tany sy ny fanjakana. Ka ny fangatahanay dia mba tokony hosokafana daholo ny haino aman-jery nakatona manerana ny Nosy nefa tsy ara-dalàna ny fanakatonana azy. Ka ny fangatahanay sy ireo tompon’andraikitra ao amin’ny Viva TV dia tsy hoe hanokafana ny Viva ihany fa mba omena alàlana ny Viva mba hafahany mandeha ihany koa eran’i Madagasikara. Tsy misy, amin’izao fotoana izao, fahafahana maneho ny hevitra eto amin’ny firenena. Noho izay indrindra dia hapatraka ny Kianjan’ny Demokrasia. Ka izahay dia manana soso-kevitra ny hanisy kianjan’ny Demokrasia eto Antananarivo Renivohitra mba hafahan’ny tsirairay avy maneho ny heviny an-kalalahana. Araky ny fanaovana azy dia hametraka fangatahana miaraka amin’ny fikambanana rehetra sy antoko mpanao politika rehetra. Io fangatahana io dia hoentin-tsika any amin’ny biraom-panjakana na ny Préfet de police mba hafahana mahazo autorisation maharitra. Izany hoe tsy hisy fangatahana atao intsony izany dia voafetra hoe isaky ny asabotsy na isaky ny alahady dia praograma miaraka amin’ny tanànan’Antananarivo fotsiny ihany mikasika ny fandaminana izany. Ka dia ho hitan-tsika eo ny vokany fa tsy maintsy ahitana vokany ».

Traduction

" Actuellement les abus de pouvoir et la dictature existent bien réellement dans le domaine de la gestion et la fermeture de chaînes audiovisuelles à Madagascar. Cela nous amène à constater qu’il existe de nombreuses infractions dans les prises de décisions liées à un authentique ostracisme. Nos revendications, aujourd’hui, ne concernent donc pas uniquement le fait de la fermeture d’une chaîne mais le droit fondamental bafoué de la population à accéder aux informations et actualités réelles concernant la vie de la Nation toute entière. Aussi, nous demandons à ce que toutes les chaînes audiovisuelles qui ont été fermées, à Madagascar, pour des motifs qui n’ont rien d’anticonstitutionnels soient rouvertes. Il ne s’agit plus uniquement, donc, du cas de Viva Tv dont les responsables demandent aussi à ce que la chaîne puisse émettre sur toute l’étendue du territoire. Car, actuellement, la liberté d’opinion et d’expression n’existe pas dans la Grande île. Et c’est pour cette raison que la ville d’Antananarivo va mettre créer une Place de la Démocratie afin que tout un chacun puisse s’y exprimer librement. Dans cette optique, nous allons faire une demande conjointe, avec la société civile et les partis politiques, adressée au Préfet de police. Cette demande d’autorisation devra être pérenne pour chaque réunion qui pourra avoir lieu tous les samedis ou tous les dimanches. C’est  à la Mairie d’Antananarivo seule que reviendra l’organisation de ces meetings. C’est-à-dire qu’il n’y aura plus à demandé une autorisation au Préfet de police chaque fois que des entités voudront se réunir publiquement. Nous verrons quels seront les résultats de cette requête mais des résultats il faudra bien qu’il y en ait ».

Ivato Commune Urbaine : exit la Capitale tricentenaire de Madagascar
Autre coup bas à l’endroit de la CUA de la part de ce régime devenu dictatorial à 100%, la fusion des deux communes rurales d’Ivato : celle du village et celle de l’aéroport pour la fusionner en une commune urbaine. Cela n’aurait rien de répréhensible pour donner une belle image du pays, en vue du Sommet de l’Union africaine en 2009. Mais cela foule encore aux pieds les droits fondamentaux des électeurs de ces deux communes. En effet, à quoi alors aura servi le vote au suffrage universel de décembre 2007 qui a permis d’élire deux maires distincts, Goddefrein Rasoamiaramanana (Aéroport) et Yves Rasoloarisata (Village) ? Dans celle nouvelle loi votée le 18 décembre 2008 par 29 sénateurs sur 33, il est stipulé « la création de la Commune urbaine d’Ivato comme Capitale du Sommet de l’UA de 2009. Jusqu’au renouvellement général des maires et des membres des conseils, la commune urbaine d’Ivato sera dirigée par une délégation spéciale. Celle-ci sera composée de trois membres désignés par arrêté du ministre de l’Intérieur, sur proposition du représentant de l’Etat territorialement compétent. La délégation comprendra un président et deux vice-présidents chargés respectivement des affaires économiques et sociales et des affaires générales et territoriales ». En clair, exit la commune urbaine d’Antananarivo, Capitale de Madagascar depuis plus de trois siècles. En passant, un an après les élections communale et rurale de décembre 2007, les villes de Nosy Be, Fort dauphin et Sainte Marie sont toujours dirigées par des présidents de délégation spéciale… L’ancien ministre des Travaux publics, ancien président de l’assemblée nationale et second aux élections présidentielles de décembre 2006, président du Parti socialiste et démocratique pour l’union de Madagascar (Psdum) n’a pas mâché ses mots : «Ce n’est pas uniquement le maire Andry Rajoelina mais tous les habitants d’Antananarivo qui sont déconsidérés dans cette décision du pouvoir actuel qui cherche tous les moyens pour priver la commune urbaine d’Antananarivo du moindre pouvoir. Il compte réaliser toutes les procédures protocolaires, dont la remise des clés de la ville, aux invités de marque à l’aéroport par simple inimitié… ». Voilà bien les images même d’une très mauvaise gouvernance anti-démocratique où tous les élus seront remplacés lentement mais sûrement par des parachutés. Cela, grâce à la magie des décrets permise par la Constitution toilettée en avril 2007. En tout cas, la ville d'Antananarivo est littéralement devenue une ville martyre pour d'obscures raisons d'ego sinon d'egocentrisme.
A présent donc, l’heure est grave. Mais pour qui exactement ? Car tout peut basculer d'un moment à l'autre, nonobstant les fêtes de Noêl et de fin d'année.
Jeannot Ramambazafy
Journaliste